Tout peut arriver: notre parcours d’infertilité

On dit souvent que l’espoir fait vivre et pourtant, cette phrase m’a toujours parue bien banale. Croire pour juste garder l’espoir en quelque chose, ce n’est pas franchement mon état d’esprit. Je suis cartésienne, je crois en la science, et j’ai toujours demandé aux médecins de me donner des statistiques pour appuyer leurs dires (ce qui ne plaît d’ailleurs pas toujours). Cependant, je suis aussi croyante, je crois en tout cas très fort au pari de Pascal et je n’ai pas beaucoup de certitudes dans la vie.

Le parcours de l’infertilité n’était pas vraiment quelque chose que j’envisageais de vivre un jour. Après tout, j’ai eu 2 enfants en 19 mois, sans aucun difficulté. Nous avons toujours envisagé d’avoir 3 enfants. Pourquoi? je ne l’explique pas vraiment, c’est un nombre qui s’est imposé à nous. 2 c’est trop peu, 4, à Paris, ça devient vite compliqué. 3 c’est bien, c’est un beau triangle et j’aime cette géométrie. Et puis il y a eu l’infertilité donc. Du moins, ce n’est pas comme cela qu’on l’a tout de suite nommée. Une fausse couche. Pénible celle-là. Mal gérée par ma gynéco de l’époque. 3 mois, 1 hémorragie plus tard et quelques complications, nous revoilà dans les starting-blocks. Une fausse couche, c’est un détail de l’histoire, une anecdote qui arrive à beaucoup de monde. 

Et puis rapidement, une deuxième grossesse, une deuxième fausse couche. Je demande alors à ma nouvelle gynéco un bilan. Elle rigole un peu mais me prescrit quelques examens de rigueur… Je peux les faire dans la foulée. Je reçois les résultats le jour de notre départ en vacances. Ils sont mauvais. VRAIMENT mauvais. Bien sûr, on fait ce qu’il ne faut pas, parcourir tous les sites internet, regarder à quoi correspondent ces fameux taux d’AMH et de FSH (et celles qui savent de quoi je parle sauront qu’on taux de AMH <0.5 c’est vraiment la cata, sans parler de la FSH entre 12 et 15 !). Je passe mes vacances à me dire que je n’aurai jamais de troisième enfant. La digestion est difficile.

A la rentrée, j’ai pris rendez-vous dans un centre de PMA. Ma nouvelle gynéco ne me donne pas satisfaction, le rendez-vous non plus d’ailleurs. Les résultats ne sont pas bons d’une part et d’autre, mais on ne nous propose rien. Mes fausses couches sont la preuve que je tombe enceinte. Soit.

En novembre, et sur de très bons conseils d’une amie, je prends rendez-vous avec un énième médecin. Lui, il nous plaît. Lui me regarde dans les yeux et m’explique ma pathologie, ce qu’aucun médecin avant lui n’a pris le temps de faire. Il m’explique aussi nos chances, ce qu’on peut faire (ou pas). Je repars pleine d’espoir. Quelques jours plus tard, j’apprends que je suis à nouveau enceinte et je fais dans la foulée une troisième fausse couche.

En février, on tente un tout premier traitement, une stimulation, simple, à faible dose. BAM  ! je suis décidément très fertile pour une infertile puisque ça marche. Je suis enceinte, on y croit à fond. Et puis, comme d’habitude, je fais une fausse couche au bout de quelques semaines, presque toujours à la même date… justement, c’est ce qui met la puce à l’oreille de mon médecin. Il me prescrit une biopsie car il soupçonne un problème d’hyper-immunité. L’attente est longue (il faut attendre un moment précis pour la faire), le délai pour les résultats l’est encore plus (on nous annonce 5 semaines, ça sera plutôt 6), le coût financier est énorme (environ 500 euros non pris en charge par la sécurité sociale… sans commentaire). L’espoir est là, de trouver une réponse, d’avoir une solution…. D’autant qu’entre temps, je me retrouve à nouveau enceinte, le cycle suivant cette fausse couche…

Mon gynéco, avec son professionnalisme et son flair habituel, me met immédiatement sous traitement pour une hyper immunité. A moi les doses quotidiennes de cortisone et les piqûres d’anticoagulants. Quelques semaines après le début de mon traitement, les résultats tombent, mon gynéco avait vu juste. Même si la biopsie est un gros handicap pour le bon déroulement de ma grossesse, on y croit. On arrive à la date fatidique de mes fausses couches, et pourtant on voit pour la première fois un embryon, un coeur qui bat. Les semaines passent, les échos s’enchaînent tous les 15 jours, et mon espoir grandit, il va bien. A 10 semaines, après un long trajet en voiture, je saigne, beaucoup. Je pleure, j’ai peur, je sais que c’est fini. On file aux urgences.

Et parfois, notre instinct n’est pas le bon. L’embryon va très bien, il est même parfait. Un petit décollement est là, lié sans doute à la voiture (et à mon traitement anti-coagulant). Repos, canapé, ça tombe bien, j’ai arrêté la cortisone et je suis épuisée.

Et puis, arrive la première « vraie » écho. A chaque fois, je me dis que le médecin va m’annoncer que tout est fini. Je google les tailles normales de la clarté nucale, se trouver une raison d’avoir peur. Et puis tout va bien, très bien même. J’avais décidé de garder encore cette nouvelle pour nous quelques temps, et puis je me suis dit que ce cadeau, c’était vraiment le plus beau que je pouvais recevoir pour la fête des mères.

Et si je vous raconte tout ça, c’est pour dire à celles qui souffrent de rester le ventre vide, que tout est possible. La science, les chiffres, ne font pas tout, loin de là. Je sais à quel point c’est difficile d’espérer, à chaque fois, de vouloir y croire. Je sais qu’on y croit souvent pour rien, que le temps semble terriblement long. Mais je sais aussi que TOUT peut arriver. 

10 Comments

  1. danslapeaudunefille 28 mai 2018

    Je retiendrais une chose : toujours y croire ! Bisous ma Cécile

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  2. Kid Friendly 28 mai 2018

    C’est fou cette hyper-immunité et ce parcours plein d’embuches après 2 grossesses rapprochées sans souci. félicitations ! j’espère que ça redonnera espoir à celles qui galèrent.

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  3. Audrey 28 mai 2018

    C’est tellement important d’avoir de bon médecins, pour la science et pour le mental. Félicitations poulette ! J’ai vécu toutes Les Échos pareilles que toi en me disant à chaque fois que c’était fini car pas possible de faire un bb seule…. et si !

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  4. Pmavie 28 mai 2018

    C’est très émouvant ce que tu as ecrit. Et tu as raison de rappeler que rien n’est jamais perdu d’avance, on se sait pas de quoi l’avenir est fait.
    J’ai eu ma fille au bout de 3 fiv. 3 ans de PMA pour une princesse. Je rêve qu’elle ai un jour un frère ou une soeur mais j’ai appris il y a peu que j’ai un gros soucis à l’utérus. Le parcours pour le deuxième s’annonce encore plus compliqué et je ne sais même pas si je pourrai le mener.
    Mais merci pour cette histoire qui montre bien que la vie peut être surprenante dans le bon sens également.
    Des bisous

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  5. Maryy_andco 29 mai 2018

    Avant même d’avoir commencer ton parcours me motive à ne pas baisser les bras au premier obstacle qu’on croisera.. Toujours y croire. Merci

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  6. Maman Pavlova 29 mai 2018

    Félicitation ! J’ai fait aujourd’hui un article sur les bebes miracles en PMA, car comme tu dis tout peut arriver ! Pour etre passer par la PMA et les fausses couches la route va etre belle maintenant je te le souhaite !

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  7. Ton témoignage est très touchant. l’espoir est tellement important et tu vas en donner à tellement de femmes à travers cet article !
    Merci pour ce magnifique billet !

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  8. Cécile 29 mai 2018

    Bonjour,
    félicitation pour le coup de cœur HC qui me permet de te découvrir. Bravo pour cette grossesse chèrement gagnée (à tout point de vue !

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  9. […] me réclament un petit frère ou un petit soeur très régulièrement. Quand on est confronté à l’infertilité, c’est toujours compliqué à entendre, et à expliquer aussi, et pourtant on en rêve de […]

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  10. […] vrai dire, il a surtout été très médicalisé: dès que nous avons confirmé la grossesse et son évolutivité à court terme par 2 prises de […]

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