Briser le tabou de l’infertilité secondaire

Il y a seulement un an, je croyais que l’infertilité, c’était chez les autres. Je nous pensais « immunisés », avec nos 2 enfants en 19 mois. Et puis, de fausse couche en fausse couche, d’analyses en mauvais résultats, j’ai appris que l’infertilité secondaire s’était invitée dans nos vies.

Tout le monde sait ce qu’est l’infertilité, mais l’infertilité secondaire est un peu plus complexe. Certains couples, comme nous, n’ont aucun problème pour avoir un premier enfant, et tout simplement « n’y arrivent plus » quand l’envie d’avoir le second ou le petit dernier se fait sentir. Parfois il n’y a pas d’explication médicale, souvent, bien plus souvent qu’on le croit, l’âge est responsable.

Dans notre cas particulier, nos problèmes médicaux étaient déjà présents mais silencieux, et se sont dévoilés avec l’âge, malheureusement.

L’infertilité secondaire, c’est surtout devoir en permanence être pro-actif pour ne pas abandonner, devant une certaine inertie médicale: puisqu’on a déjà des enfants, on a souvent le sentiment de ne pas être un cas prioritaire, mais aussi que les médecins retardent la prise en charge. Pour eux, si ça a marché une fois ou deux, ça remarchera. Dans mon cas particulier, je me suis battue après ma deuxième fausse couche pour effectuer un bilan alors qu’en temps normal, il faut attendre la 3ème pour que celui-ci soit mis en oeuvre… Pourtant, le temps est l’ennemi numéro 1 de ma pathologie.

Les réflexions, des soignants, comme des personnes proches ou non sont blessantes, comme si les infertiles secondaires n’étaient pas en droit d’avoir envie d’être à nouveau parents. Combien de fois m’a t’on dit que j’avais DEJA 2 enfants? Combien de médecins m’ont dit cela en me serrant la main sur le pas de la porte (y compris des médecins spécialisés en infertilité dont on penserait qu’ils aient un minimum de psychologie et de bon sens)? Cette phrase, anodine pour certains, me met particulièrement en colère, comme si l’existence de mes 2 filles  faisait de mon envie d’un petit 3ème un caprice, comme si mon désir, notre choix de couple, n’était pas légitime. Ce sentiment d’être jugée est terrible.

Et puis il y a aussi les réflexions de ceux qui nous comparent aux couples n’arrivant pas à avoir un premier enfant. Quelqu’un m’a dit un jour « oui mais toi, tu as de la chance, tu ne saura jamais ce que ça fait que de se dire qu’on aura peut-être jamais d’enfant ». Effectivement, je suis heureuse d’avoir 2 enfants, je le sais et m’en rends compte chaque jour. Comme je sais que j’ai beaucoup de chance d’avoir 2 enfants en bonne santé, d’être née et de vivre en France, d’avoir un toit sur ma tête… nous avons beaucoup de chance. Est-ce que cela me rend moins triste quand je fais une fausse couche, ou quand j’apprends une nouvelle grossesse ça ou là? Quand je pense à mon propre ventre désespérément vide ou au tout petit pour qui j’ai tout gardé et que je n’aurais peut-être jamais? Non. Bien sûr qu’il y a des malheurs plus grands que d’autres mais c’est celui-là qui nous touche et cela ne justifie en rien qu’on le minore.

J’avais envie de vous parler de cette infertilité secondaire, bien évidemment à travers mon prisme, surtout pour faire comprendre qu’il s’agit d’une réelle souffrance pour les couples touchés et que nous méritons autant de compassion et de bienveillance que ceux qui n’y arrivent pas du tout.

Si vous avez des amis, des parents avec 1 ou 2, ne leur posez pas la fameuse question « c’est pour quand le petit deuz/troiz? », si votre amie fait 1, 2 ou 3 fausses couches, ne vous arrêtez pas à la première mais soyez présents de manière équivalente à chaque fois. Si vous connaissez des gens dans cette situation, n’hésitez pas à leur demander « juste » si ça va, et s’ils ont envie de vous en parler, écoutez les, sans juger, sans relativiser en leur parlant du ou des enfants qu’ils ont déjà, ils le savent bien, merci pour eux, ou bien de votre cousine trucmuche qui n’arrive pas à avoir d’enfant du tout. Ne leur dites pas non plus que « ça va venir parce qu’ils ont déjà un enfant c’est que ça marche. Non, ça ne marche pas forcément comme cela, merci bien.

Ne minorons pas la souffrance des infertiles secondaires, ne relativisez pas notre peine.

On me pose souvent des questions en privé sur notre parcours, et de nombreuses lectrices viennent me parler de leurs fausses couches. Nous avons connu les fausses couches fin novembre 2016, en juin et en octobre 2017. Ma première fausse couche a duré 3 mois avec une rétention trophoblastique et s’est finie par une hémorragie opérée en urgence. Suite à cette opération, j’ai dû être traitée pour des synéchies utérines. En juillet 2017, suite à ma 2ème fausse couche, j’ai été diagnostiquée insuffisante ovarienne précoce, en clair il reste très peu d’ovocytes dans mes ovaires. Le Mari est OATS. Il n’y a pas de traitement pour l’insuffisance ovarienne. Ne venez pas me dire que notre infertilité est moins grave parce que nous avons déjà 2 enfants. Arrêtez de penser que parce que j’ai déjà 2 enfants, les hystéroscopies, les prises de sang, les échographies, les consultations médicales, les vitamines et autres médicaments pris chaque jour ne sont pas moins des piqûres de rappel de notre incapacité à avoir cette famille complète, telle que nous l’avions rêvée.

7 Comments

  1. danslapeaudunefille 22 novembre 2017

    je n’ai qu’une chose à dire alors « ca va ? » mais je connais déjà ta réponse. Je t’embrasse fort ma Cécile

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  2. maman en peine 22 novembre 2017

    Je voudrai te remercier pour cet article car je me reconnais tout à fait dedans et tu as mis les bons mots sur ce que je ressens et sur mon désarrois.
    Alors un grand merci pour avoir su exprimé ma douleur.
    Et si je peux me permettre c’est d’autant plus douloureux quand tes propres parents ne semblent pas comprendre.
    J’essaye d’avoir mon 2eme depuis plus de 2ans maintenant et je peux te dire que ce n’est pas facile tous les jours
    je pense à toi et te souhaite bon courage dans toutes ces démarches intrusives et impersonnelles au possible

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  3. La perchee 23 novembre 2017

    Je te souhaite plein de courage . À ta place j’aurais trouvé très difficile de devoir m’arrêter à deux donc je comprends très bien à quel point cette attente doit être dure pour vous.

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  4. Ma poussette à Paris 23 novembre 2017

    Je crois qu’il n’y a rien de plus dangereux que de comparer les souffrances. une peine est une peine et chaque histoire est différente. celle qui t’a dit que tu avais déjà bien de al chance est une personne vraiment stupide parce qu’elle aussi dans ce cas n’a aucune raison de se plaindre, en effet par rapport à plein de personnes dans le monde elle devrait être très heureuse… elle pourrait vivre sous les bombes en Syrie… Je déteste les gens qui comparent les douleurs ! Il y a certes toujours plus malheureux que soit mais je ne vois pas en quoi ça devrait nous rendre plus heureux ou nos chagrins moins durs de savoir que d’autres souffrent davantage !

    Bon courage

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  5. snoops de tours 26 novembre 2017

    je compatis enormément (depuis 2011 nous tentons un petit 3ème, 2fc reconnues)
    nous avons du passer par la PMA pour avoir nos 2 enfants, mais sous prétexte que nous avions moins de 25ans à l’époque, les médecins nous ont laissé attendre pendant 2ans, pour tenter d’y arriver seuls
    bon courage a vous

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  6. Madame 28 novembre 2017

    ♥♥♥♥ Je t’embrasse

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  7. […] Tout d’abord, une cause qui me touche personnellement. J’ai vécu dans les 18 derniers mois 4 fausses couches, dont une très récemment et suite à un processus de PMA. Qu’on soit homme ou femme d’ailleurs, c’est un deuil dont on ne sort jamais indemne. L’association Agapa, que je connais bien, propose un accueil bienveillant aux femmes et aux hommes touchés par tous les deuils de grossesse: fausse couche, IVG, mort utero. J’y ai toujours trouvé une oreille respectueuse, encore une fois bienveillante et surtout pas larmoyante. L’association est entièrement gérée par des bénévoles et aident de nombreuses femmes, de nombreux couples, en France, que ce soit à travers des groupes de parole, des cafés-rencontres mais aussi un accompagnement individuel. Il est important pour moi que la parole se libère autour des fausses couches, un vrai deuil à faire pour l’immense majorité des femmes touchées, mais aussi autour de l’infertilité secondaire. […]

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